Parasitisme à l’automne : gérer les risques après le retour de l’humidité
- Thomas MAUGER
- 4 sept.
- 10 min de lecture
Introduction
Après un été souvent marqué par la chaleur et le déficit hydrique, les premières pluies de fin août et début septembre apportent un soulagement bienvenu pour les prairies. L’herbe repart, la pousse se relance… mais cette humidité nouvelle crée aussi des conditions idéales pour un ennemi invisible mais redoutable : les parasites gastro-intestinaux.
Strongles, douves, paramphistomes, coccidies… tous profitent de cette combinaison parfaite : sols humides, températures douces et repousse d’herbe jeune. Résultat : les larves se multiplient rapidement, remontent sur les brins d’herbe et sont ingérées par les animaux. Pour les veaux, génisses et vaches en pâture, le risque d’infestation augmente brutalement.
Les conséquences peuvent être importantes : ralentissement de la croissance, baisse de la production laitière, troubles digestifs, amaigrissement et même, dans les cas les plus sévères, des pertes d’animaux. Face à ce risque, beaucoup d’éleveurs réagissent en traitant systématiquement. Pourtant, cette stratégie peut s’avérer coûteuse et inefficace à moyen terme, favorisant l’apparition de résistances.
Dans cet article, Opti’Pâture vous propose un guide complet pour comprendre les cycles parasitaires, identifier les situations à risque, mettre en place des mesures de prévention efficaces et raisonner les traitements. L’objectif : protéger la santé de votre troupeau, sécuriser vos performances et réduire les coûts liés au parasitisme.
1. Pourquoi le risque parasitaire explose à l’automne
Après un été sec où la pression parasitaire peut sembler faible, les premières pluies de fin août et de septembre changent la donne. Les conditions redeviennent idéales pour les principaux parasites gastro-intestinaux : sols humides + températures douces + herbe jeune = un cocktail parfait pour une explosion des populations larvaires.
1.1. Comprendre les parasites concernés
Plusieurs familles de parasites profitent de la reprise d’humidité :
Strongles gastro-intestinaux (Ostertagia, Cooperia, Haemonchus…)
Parasites les plus fréquents à l’automne.
Leurs larves présentes sur les brins d’herbe sont ingérées par les animaux.
Impact direct sur l’appétit, la digestion et l’assimilation des nutriments.
Douves hépatiques (Fasciola hepatica)
Se développent dans les zones humides où vivent les escargots vecteurs.
Leur cycle reprend très vite après les premières pluies.
Problématiques surtout pour les bovins et ovins pâturant des zones détrempées.
Paramphistomes (Paramphistomum spp.)
Longtemps négligés, ils deviennent de plus en plus fréquents.
Comme les douves, ils dépendent des zones humides → les années pluvieuses, les infestations explosent.
Coccidies (Eimeria spp.)
Touchent surtout les jeunes veaux et génisses.
Se développent dans les environnements humides et sales.
1.2. Le rôle clé de l’humidité et des températures douces
La majorité des parasites ont un cycle dépendant de l’humidité du sol et de la température :
Après la pluie, les œufs éclosent dans les bouses et donnent des larves qui migrent vers les brins d’herbe.
Température idéale pour leur développement : 10 à 20 °C → typique des fins d’été humides.
Plus il fait doux, plus le cycle est rapide : 3 à 5 semaines suffisent pour passer de l’œuf à la larve infestante.
Conséquence : après un été sec, un seul épisode pluvieux suffit à déclencher une explosion parasitaire.
1.3. Les animaux les plus vulnérables
Tous les bovins pâturant sont exposés, mais certains lots sont plus sensibles :
Veaux et génisses de première année : pas encore d’immunité → infestations massives possibles.
Jeunes vaches en début de carrière : encore en phase d’apprentissage immunitaire.
Lots mixtes : mélange de jeunes et d’adultes → contamination croisée amplifiée.
Animaux fragilisés (stress, sous-alimentation, vêlage récent) : résistance naturelle affaiblie.
1.4. Les conséquences sur la santé et la production
Une forte infestation peut avoir des impacts majeurs :
Perte d’appétit et baisse de GMQ → croissance ralentie, retard d’âge au premier vêlage.
Chute de production laitière → baisse du TP, du TB et des volumes.
Troubles digestifs → diarrhées, déshydratation, altération de l’état corporel.
Affaiblissement immunitaire → plus grande sensibilité à d’autres maladies.
Dans les cas extrêmes : mortalités, surtout chez les veaux.
2. Identifier les situations à risque
Le risque parasitaire n’est pas uniforme : il dépend de la météo, de la gestion du pâturage et de la catégorie d’animaux. Comprendre ces facteurs permet de cibler la surveillance et d’éviter les traitements systématiques coûteux et souvent inutiles.
2.1. Facteurs liés au climat
La météo reste le déclencheur principal du pic de risque :
Retour de l’humidité après un été sec
Les œufs accumulés dans les bouses tout l’été éclosent massivement après les premières pluies.
Les larves remontent sur les brins d’herbe → contamination rapide.
Périodes douces et humides
La plage idéale pour le développement larvaire = 10 à 20 °C.
Plus il fait doux, plus le cycle complet œuf → larve infestante → ingestion est rapide (2 à 3 semaines).
En automne humide, les larves peuvent survivre 6 à 8 semaines → risque prolongé.
Zones humides et mares temporaires
L’abondance d’escargots, hôtes intermédiaires des douves et paramphistomes, accentue le danger.
Dans les parcelles où l’eau stagne, les cycles parasitaires sont plus actifs et persistants.

2.2. Facteurs liés au système de pâturage
La manière dont on gère les rotations influe directement sur la pression parasitaire. Contrairement à certaines idées reçues, les rotations longues ne favorisent pas le parasitisme, au contraire : elles permettent souvent de casser une partie du cycle larvaire.
Durée de rotation et survie des larves
Durée de retour | Risque strongles | Explication |
|---|---|---|
< 15 jours | 🔴 Très élevé | Les animaux reviennent avant que les larves meurent → ingestion massive. |
15 à 25 jours | 🟠 Moyen | Beaucoup de larves encore viables si météo humide. |
25 à 40 jours | 🟢 Faible à modéré | Une majorité des larves ont disparu → risque limité. |
> 40 jours | 🟢 Très faible* | Le temps joue en faveur de l’éleveur… sauf si automne très humide. |
*Sauf conditions exceptionnelles (forte humidité + températures douces persistantes).
Impact du pâturage ras (< 4 cm)
Le risque lié à un pâturage très bas dépend directement du temps de retour :
Temps de retour court (< 20 jours) → 🔴 Risque élevé : les larves infestantes se concentrent dans les 3-4 premiers cm du couvert → ingestion importante.
Temps de retour long (> 35 jours) → 🟢 Risque faible : la majorité des larves ont disparu avant le retour des animaux.
En conditions humides et douces, même avec une rotation longue, privilégier des hauteurs d’entrée ≥ 5-6 cm pour limiter la prise de larves résiduelles.
Zones humides et gestion différenciée
Les paddocks avec fossés, mares ou zones hydromorphes → fort risque douves & paramphistomes.
Stratégie conseillée :
Limiter l’accès à ces zones en période critique.
Les réserver aux vaches adultes immunisées.
Drainer si possible ou les débrayer pour fauche → casse partielle du cycle.
2.3. Facteurs liés aux animaux
Certains lots sont particulièrement vulnérables :
Catégorie animale | Sensibilité | Recommandation |
Veaux & génisses 1re année | 🔴 Très élevée | Priorité aux paddocks les moins contaminés |
Jeunes vaches 2e lactation | 🟠 Moyenne | Surveiller GMQ + production |
Adultes >3 ans | 🟢 Faible | Immunité acquise partielle |
Lots mixtes | 🔴 Élevée | Séparer jeunes et adultes si possible |
2.4. Quand tous les facteurs se combinent = risque maximal
Le risque devient explosif lorsque plusieurs conditions se superposent :
Jeunes animaux + retour d’humidité + temps de repousse trop court → ingestion massive de larves.
Temps de retour court + été sec suivi de pluies → charge larvaire très élevée.
Zones humides + lots sensibles → pression forte douves et paramphistomes.

3. Surveiller et diagnostiquer le parasitisme
Une bonne gestion du parasitisme commence par une surveillance régulière. Trop souvent, les traitements sont faits “à l’aveugle” : cela coûte cher, favorise les résistances et peut être inutile si la pression parasitaire est faible. Mettre en place un diagnostic précis permet de cibler les lots à risque et de raisonner les interventions.
3.1. Après le contrôle de performance (laitier ou gmq), les coproscopies sont votre meilleur allié.
La coproscopie (analyse des bouses pour compter les œufs de parasites) est l’outil de référence pour évaluer la charge parasitaire réelle d’un lot.
Pourquoi faire une coproscopie ?
Détecter précocement les infestations.
Adapter les traitements à la pression réelle.
Éviter les traitements inutiles sur des lots peu exposés.
Quand les réaliser ?
Jeunes veaux et génisses : à partir de 3-4 semaines après la mise à l’herbe, puis tous les 30-45 jours.
Vaches laitières et allaitantes : 1 ou 2 contrôles suffisent, sauf suspicion clinique.
Moments clés : fin août-début septembre → période critique après les premières pluies.
Comment procéder ?
Prélever un échantillon représentatif : 10 à 15 bouses fraîches par lot.
Les envoyer rapidement au labo (moins de 24 h).
Demander un OPG (œufs par gramme) + identification des espèces.
3.2. Interpréter les résultats : seuils critiques
Les seuils de déclenchement des traitements varient selon le parasite, mais on peut retenir ces repères :
Parasite | OPG (œufs/g) | Niveau de risque | Action conseillée |
Strongles | < 200 | 🟢 Faible | Surveiller uniquement |
200 – 500 | 🟠 Modéré | Adapter la rotation, recontrôler | |
> 500 | 🔴 Élevé | Traiter le lot | |
Coccidies | > 500 | 🔴 Élevé | Traiter les veaux uniquement |
Douves / Paramphistomes | > 50 œufs/g | 🟠 Modéré à élevé | Adapter gestion zones humides + traitement ciblé |
⚠️ À noter : un OPG faible ne veut pas dire zéro risque → certaines larves ingérées ne sont pas encore arrivées à maturité et ne pondent pas encore. D’où l’importance de croiser les résultats avec l’observation terrain.
3.3. Signes cliniques à observer sur les animaux
Une surveillance visuelle régulière du troupeau est indispensable, surtout après le retour de l’humidité. Les symptômes les plus fréquents :
Amaigrissement rapide → perte d’état corporel, creusement des flancs.
Poil piqué et terne.
Diarrhées intermittentes ou persistantes.
Baisse de GMQ chez les génisses et veaux → retard de croissance.
Baisse de production laitière et altération du TP/TB.
Dans les cas graves : anémie (muqueuses pâles), œdèmes sous-mandibulaires (douves) et abattement marqué.
3.4. L’intérêt d’un suivi dynamique
Plutôt que de traiter systématiquement, il est plus efficace d’adopter une approche dynamique :
Surveiller la pousse de l’herbe → relier la disponibilité d’herbe aux risques d’ingestion.
Faire des pesées régulière → détection précoce de parasitisme
Faire des coproscopies régulières → confirmer l’évolution de la charge parasitaire.
Adapter les rotations → privilégier les parcelles “propres” pour les jeunes animaux.
Suivre l’état corporel et les performances → détecter les écarts précocement.
4. Prévenir avant de traiter
Une gestion efficace du parasitisme repose d’abord sur la prévention. Traiter systématiquement sans réfléchir à l’organisation du pâturage, c’est comme remplir un seau percé : on masque le problème sans le résoudre. La bonne stratégie consiste à casser les cycles des parasites pour limiter la contamination, protéger les lots sensibles et réduire le recours aux vermifuges.
4.1. Adapter les rotations pour casser les cycles
Les larves infestantes des strongles ont une durée de vie limitée sur les brins d’herbe :
En période sèche et chaude : 3 à 4 semaines.
En période douce et humide : jusqu’à 6 à 8 semaines.
Stratégies possibles :
Allonger les rotations (>35 jours) → laisser le temps aux larves de mourir avant le retour des animaux.
Alterner les parcelles utilisées par lots → éviter de remettre les veaux sur les paddocks récemment pâturés.
Introduire des parcelles “propres” dans la rotation :
Prairies débrayées pour la fauche → faible charge larvaire.
Regains non pâturés de l’année → quasi absence de contamination.
Astuce Opti’Pâture : Planifier une carte de risque parasitaire de votre ferme :
Parcelles “propres” pour les jeunes sensibles.
Parcelles “à risque” pour les adultes immunisés.
4.2. Gérer les zones humides et marécageuses
Les douves et paramphistomes dépendent des escargots aquatiques présents dans les zones humides. Pour réduire le risque :
Limiter l’accès des lots sensibles aux parcelles basses, hydromorphes ou marécageuses.
Si possible, drainer les zones critiques
Alterner les lots : réserver ces paddocks aux adultes immunisés.
5. Raisonner les traitements antiparasitaires
Dans beaucoup de systèmes, les traitements antiparasitaires sont encore utilisés systématiquement, par habitude : “on vermifuge tout le monde, chaque année, à la même date”.Mais cette approche a trois problèmes majeurs :
1. Elle coûte cher.
2. Elle favorise les résistances → les molécules deviennent inefficaces.
3. Elle n’est pas toujours utile → certains lots n’ont pas besoin d’être traités.
La bonne stratégie consiste à raisonner les traitements, en les ciblant sur les animaux et les périodes à risque.
5.1. Quand traiter ?
Trois situations justifient un traitement :
Baisse de performance MESUREE et non explicable
Baisse de production de lait
Baisse de GMQ
Résultats de coproscopies élevés
Seuils critiques : > 500 OPG strongles, > 500 OPG coccidies, > 50 OPG douves/paramphistomes.
Toujours croiser les résultats avec les observations terrain.
Signes cliniques avérés
Amaigrissement rapide, poil piqué, diarrhées, baisse de GMQ ou de production laitière.
5.2. Choisir la bonne molécule
Alterner les familles chaque année pour limiter l’apparition de résistances.
Adapter le choix de la molécule au parasite ciblé → inutile de traiter contre les douves si la parcelle est sèche et non infestée.
5.3. Adapter la stratégie selon les lots
Veaux et génisses de première année → plus sensibles, surveiller de près.
Jeunes vaches → immunité en construction, traitement ciblé si forte pression.
Adultes → souvent immunisés contre les strongles, traitement inutile dans 80 % des cas sauf en zones à douves.
5.4. Limiter les résistances
Les résistances aux antiparasitaires explosent dans certaines zones, notamment pour les strongles. Pour limiter ce phénomène :
Éviter les traitements systématiques → privilégier les interventions ciblées.
Alterner les familles de molécules d’une année sur l’autre.
Ne jamais sous-doser : utiliser un poids réel pour calculer la dose, pas un poids estimé trop faible.
Conserver 10 à 15 % des animaux non traités dans les lots d’adultes → cela permet de maintenir une population de parasites sensibles et retarde l’apparition de résistances.
6. Construire un plan de gestion durable du parasitisme
La gestion du parasitisme ne se résume pas à “faire un traitement quand ça va mal”.Pour être efficace, il faut construire une stratégie globale combinant prévention, surveillance et intervention ciblée. Cette approche permet de protéger les animaux, d’éviter les pertes économiques et de limiter l’apparition de résistances.
6.1. Les trois piliers d’une stratégie durable
1. Prévenir la contamination
Adapter la gestion des rotations pour casser les cycles.
Prévoir des parcelles propres pour les lots sensibles.
Limiter l’accès aux zones humides à forte charge parasitaire.
Utiliser le pâturage différé pour réduire la survie des larves.
2. Surveiller en continu
Mesurer la performance régulièrement
Mettre en place un suivi dynamique : coproscopies régulières + observation des animaux.
Croiser les données : pousse de l’herbe, conditions météo, historique de la parcelle.
Identifier les périodes critiques : début septembre et après épisodes pluvieux.
3. Traiter uniquement quand nécessaire
Ne traiter que les lots à risque : veaux, génisses, animaux affaiblis.
Cibler les molécules selon le parasite identifié (strongles, douves, coccidies).
Alterner les familles d’une année sur l’autre pour limiter les résistances.
6.2. L’approche Opti’Pâture
Un plan antiparasitaire durable, c’est :
Moins de traitements, mais mieux ciblés.
Des rotations intelligentes pour casser les cycles larvaires.
Une surveillance proactive pour anticiper les pics de risque.
Opti’Pâture accompagne les éleveurs pour :
Identifier les parcelles les plus à risque.
Définir un plan de pâturage optimisé.
Mettre en place un suivi parasitaire efficace.
Conclusion générale
Le retour de l’humidité relance la pousse de l’herbe… mais aussi celle des parasites. Sans stratégie adaptée, le risque d’infestation est maximal, avec des conséquences économiques et sanitaires lourdes.La clé : prévenir, surveiller, traiter uniquement quand nécessaire.En intégrant la gestion du parasitisme dans la stratégie globale de pâturage, il est possible de protéger les troupeaux, réduire les coûts et améliorer les performances.





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