top of page

Pâturage d’été : les 4 meilleures stratégies à mettre en place en juin

Introduction


Juin. L’herbe pousse encore bien, les animaux avancent sans difficulté, et les stocks hivernaux sont en cours.

Mais ce que beaucoup oublient, c’est que le vrai défi n’est pas maintenant, c’est dans quelques semaines.


En été, entre chaleur, sécheresse et ralentissement de la pousse, les systèmes pâturant sont mis à rude épreuve. Et quand on n’a pas anticipé, on subit : baisse de productivité, recours aux concentrés, paddocks brûlés, et distribution quasi immédiate des stocks réalisés…


La bonne nouvelle ?

C’est justement maintenant, en juin, que tout se joue.

C’est maintenant qu’il faut préparer l’été pour ne pas le subir.


Dans cet article, on fait le point sur 4 stratégies simples et efficaces pour garder un système pâturant dynamique tout l’été, avec des animaux performants et des prairies qui tiennent le coup.


1️⃣ Fauches précoces et fauches normales : deux leviers pour sécuriser l’été

fannage juste après une fauche précoce

Dans un système pâturant, toutes les fauches ne jouent pas le même rôle.

Il faut distinguer deux types de coupes, complémentaires mais à objectifs bien différents :

🌱 Les fauches précoces (fin avril à mi-mai)

Elles interviennent en période de pousse maximale, quand la rotation peine à suivre. Leur triple utilité :


  1. Réguler la pression de pâturage immédiatement :

    En retirant des parcelles de la rotation, on concentre les animaux sur moins de surface, ce qui permet un pâturage plus net, moins de refus, et une vitesse de rotation plus adaptée.


  2. Stocker un excédent non valorisable autrement :

    Ces parcelles en excès de pousse auraient été mal pâturées, avec gaspillage à la clé. Les faucher, c’est capitaliser ce surplus sous forme de foin de très haute qualité (souvent supérieur à une première coupe classique).


  3. Libérer des repousses pour plus tard :

    À 5–6 semaines, selon les conditions, la parcelle peut être à nouveau intégrée dans la rotation, au moment où la pousse ralentit. On crée ainsi une soupape de sécurité estivale.


☀️ En résumé, les fauches précoces augmentent la pression au bon moment, pour la réduire plus tard quand ça devient plus tendu.

 

🌾 Les fauches normales (mi-mai à fin juin)

Ces fauches sont incontournables pour constituer une partie du stock hivernal. Mais dans un système pâturant, elles doivent surtout être pensées comme des leviers de gestion estivale, pas uniquement comme une opération de récolte.


Mal pilotées, elles deviennent un piège. Voici pourquoi :


  1. Trop de parcelles récoltées en même temps = regain ingérable

    Lorsque toutes les parcelles de fauche arrivent en repousse en même temps (souvent fin juillet-début août), on se retrouve avec :

    1. Un trop-plein d’herbe sur quelques jours,

    2. Une incapacité à pâturer correctement, faute de bouche disponible,

    3. Et donc des refus, du gaspillage, et une baisse de qualité de la rotation.


Le système perd en fluidité, les animaux mangent mal, et on gaspille du potentiel.


  1. Une fauche trop tardive = risque de non-repousse

    Chaque jour compte. En fauchant tard (fin juin ou début juillet), on expose la parcelle à un risque élevé :

    1. Manque d’eau après la fauche → pas ou peu de repousse,

    2. Aucune valeur pâturable au moment clé de l’été,

    3. Retour rapide à la case départ : redistribution du fourrage stocké à peine quelques semaines après sa récolte.


Et là, on perd sur tous les tableaux : on a épuisé la prairie, dépensé de l’énergie, et rien gagné en autonomie.


  1. Une fauche trop tardive ou mal conduite pénalise la prairie

    Un fourrage de qualité moyenne n’est pas seulement peu rentable en ration. Il est souvent le symptôme d’une fauche qui a affaibli la prairie :

    1. Destruction d’une partie du système racinaire (trop de biomasse enlevée d’un coup),

    2. Inhibition de la repousse par stress végétatif,

    3. Appauvrissement progressif de la flore productive.


Ce n’est pas juste une perte à court terme, c’est une dégradation structurelle de la prairie.


✅ Ce qu’il faut faire :

  • Échelonner les dates de fauche pour ne pas tout réintégrer en même temps dans la rotation,

  • Faucher avant floraison complète, même si le rendement est légèrement inférieur,

  • Prioriser les parcelles stratégiques pour produire un regain consommable entre mi-juillet et fin août, sans compromettre l’équilibre du système.


 

Infographie présentant les services d’Opti'pâture : conseil personnalisé sur la ferme et formations en ligne pour améliorer la gestion du pâturage.

2️⃣ Le stock sur pied : autonomie estivale pour entretenir les animaux… tout en maintenant les rotations

Lot de bovin pâturant des stocks sur pied

Le stock sur pied est un outil simple mais puissant pour sécuriser l’été.

Ce n’est ni une prairie laissée à l’abandon, ni une stratégie par défaut. C’est une décision anticipée, qui permet de maintenir une dynamique de pâturage, même dans les périodes les plus sèches.


Techniquement, il s’agit de pâturer une prairie avant l’épiaison, puis de la laisser repousser sans intervention. Le but est de conserver dans le couvert l’épi en formation, ce qui structure la biomasse et permet à la prairie de tenir face aux conditions séchantes.


Ce stock sur pied est réservé aux animaux à faibles besoins : taries, génisses pleines, allaitantes non allaitantes… Il permet :


  • d’assurer leur entretien,

  • de maintenir une croissance faible mais continue,

  • et surtout de les maintenir dans une logique de rotation, sans basculer vers un système figé.


C’est cette dernière fonction qui est essentielle. En maintenant les animaux en pâturage tournant, on évite les concentrations prolongées, les zones de piétinement et de surfertilisation que l’on retrouve dès qu’on commence à affourager (distribution de fourrage sur des surfaces fixes, avec arrêt de la rotation).


Le stock sur pied est donc une solution presque gratuite, très peu consommatrice en travail, et cohérente avec un système herbager.


Encore faut-il bien choisir les parcelles :

→ prioriser celles qui résistent bien au sec,

→ où le réseau d’eau permet de diviser en petits paddocks,

→ et qui ont une flore capable de porter la masse végétale sans verser trop vite.


Dans une année tendue, ce type de stock peut faire toute la différence pour préserver l’autonomie du système… sans recourir aux stocks récoltés ni casser la mécanique du pâturage.


 

3️⃣ Miser sur les flores estivales pour garder une production réelle sous la chaleur

Lot pâturant de la luzerne pendant l'été

Quand les températures montent et que la pousse ralentit sur la majorité des prairies, certaines espèces prennent le relai.

Ce sont les flores estivales : des plantes capables non seulement de résister au sec, mais surtout de continuer à produire de la biomasse valorisable au cœur de l’été.


Parmi elles, on peut citer :

  • la chicorée, à enracinement profond, avec une croissance estivale réelle et une bonne appétence,

  • le plantain lancéolé, bien adapté aux rotations et aux sols légers,

  • la luzerne, très productive si bien implantée, surtout en système mixte,

  • et le trèfle violet, capable de repousses intéressantes après fauche.


Ces espèces permettent de maintenir une base de rotation productive en plein été, quand la majorité des graminées classiques (ray-grass, fétuque, dactyle…) stagnent ou survivent sans croître.

Elles ne compensent pas un système déséquilibré, mais elles permettent de gagner en autonomie à un moment où le système est habituellement sous tension.


Ces plantes ne s’intègrent pas partout, ni n’importe comment. Il faut :

  • choisir des parcelles bien exposées, avec un sol profond ou drainant,

  • gérer le pâturage de façon adaptée, avec des seuils d’entrée et sortie spécifique, des temps de repos et de présence adaptés.

  • et adapter les mélanges selon les conditions : la luzerne, par exemple, ne supporte pas le piétinement répété, et la chicorée est à éviter en bio si on ne veut pas qu’elle s’installe durablement.


⚠️ En revanche, toutes ne s’adaptent pas à tous les systèmes.

Le plantain et la chicorée, bien que très intéressants en pâturage, ne sont pas séchables. Ils ne conviennent donc pas aux systèmes fauche/pâture, où la production doit pouvoir être stockée en foin.

Ils trouvent leur place dans les prairies exclusivement pâturées, avec une gestion en paddocks et un repos suffisant.


En résumé : intégrer des flores estivales dans les bonnes parcelles, et selon les bons objectifs, permet de maintenir une production verte en été, sans recourir systématiquement aux stocks, et en conservant une dynamique de rotation.


 

4️⃣ Adapter les lots : le dernier levier quand tout se tend

Lot de jeunes veaux sevrés pour passer l'été

Quand tous les autres leviers ont été mobilisés — fauches bien calées, repousses organisées, stock sur pied prêt, flore estivale en place —, il reste un point sur lequel il faut parfois trancher : la gestion stratégique des lots.


C’est le dernier recours, celui qu’on active quand la pousse ne suit plus, que les surfaces réellement pâturables ne suffisent plus à faire tourner tous les animaux, et qu’il faut faire des choix.


À ce stade, il ne s’agit plus de moduler, mais de prioriser :


👉 Est-ce que les broutards peuvent être sevrés plus tôt que prévu ?

Même s’ils n’ont pas encore le poids visé, cela permet de concentrer l’alimentation sur les jeunes, et surtout de transformer le lot allaitant en un lot de taries à faibles besoins, parfaitement adaptés pour pâturer un stock sur pied ou des repousses secondaires.


👉 Faut-il stopper le pâturage pour certains lots ?

Des lots trop gourmands pour les surfaces restantes (ex. : vaches avec veaux en fin de lactation), ou difficiles à valoriser au pâturage, peuvent être passés en affouragement de manière temporaire pour laisser le pâturage aux catégories prioritaires.


👉 Faut-il sortir des animaux initialement prévus à la vente ?

Un broutard qui fait 40 kg de moins que prévu, une génisse qui n’atteindra pas l’objectif... mieux vaut les vendre en léger dessous, que de brûler les dernières parcelles pour quelques semaines de maintien sans perspective.


Dans certains cas, le pâturage doit s’arrêter pour un lot entier : par manque de surface, de valeur alimentaire ou simplement de conditions favorables (pas d’eau, trop de piétinement, etc.).Plutôt que de forcer, mieux vaut affourager clairement sur aire stabilisée, ou sortir du troupeau ce qui peut l’être.


Enfin, il faut aussi accepter que certains compromis zootechniques valent mieux que des choix d’urgence faits dans la panique.


Cette capacité à prendre des décisions stratégiques rapidement, en gardant une vision d’ensemble, fait souvent la différence entre un système qui traverse l’été… et un système qu’il faudra reconstruire derrière.


 

Conclusion : l’été ne se gère pas, il se prépare


Chaque année, les mêmes constats reviennent : des prairies qui ne repoussent plus, des lots qui stagnent, des éleveurs qui passent en mode “débrouille” dès la mi-juillet.

Mais ce n’est pas une fatalité.


La clé, c’est d’anticiper en juin ce qu’on ne veut pas subir en août.

Et pour ça, il ne suffit pas d’avoir de l’herbe aujourd’hui. Il faut penser en dynamique, en leviers, en respiration du système.


🧭 En jouant intelligemment sur les dates de fauche, en mettant en place des stocks sur pied, en valorisant des flores estivales ou en se laissant la possibilité de trancher dans les lots si besoin, on transforme un système fragile en un système qui encaisse.


Il n’existe pas de recette unique, mais une chose est sûre :

Ceux qui prennent le temps de réfléchir maintenant seront plus sereins dans deux mois — et si vous voulez y voir plus clair dès aujourd’hui, nos accompagnements et formations sont faits pour ça.

 

Infographie invitant à noter, partager ou commenter l’article, avec un rappel des services Opti'pâture en accompagnement terrain et formations sur le pâturage.

Commentaires

Noté 0 étoile sur 5.
Pas encore de note

Ajouter une note
bottom of page