Les 5 Méthodes de Pâturage : Guide Pratique et Comparatif pour les Éleveurs. Quels sont les différents type de pâturage ?
- L'équipe Agri'Pro
- 10 déc. 2024
- 7 min de lecture
Pour les éleveurs, le pâturage est une composante fondamentale de la gestion des troupeaux et des ressources naturelles. Une méthode bien choisie et correctement mise en œuvre peut transformer une exploitation : augmenter les rendements, réduire les coûts d’alimentation, préserver les sols, et améliorer la qualité de vie des animaux.
Mais du coup, Quels sont les différents type de pâturage ? et lequel choisir ?
Cet article vous propose un guide détaillé sur cinq méthodes de pâturage, avec un focus particulier sur le pâturage tournant intensif, qui allie productivité et durabilité.
1. Le Pâturage Libre
Principe
Le pâturage libre, ou continu, consiste à laisser les animaux sur une seule parcelle pour toute la saison. Ce système est particulièrement utilisé dans les exploitations extensives, où la simplicité de gestion est une priorité.
Avantages
Gestion simplifiée : Pas besoin de diviser les terres ni de déplacer régulièrement les troupeaux. Une seule parcelle suffit.
Réduction des coûts : Moins d’infrastructures (clôtures, points d’eau) et de main-d’œuvre nécessaire.
Inconvénients
Gaspillage et déséquilibre : La pousse rapide de l’herbe au printemps entraîne un gaspillage, tandis que certaines zones deviennent sous-pâturées ou surpâturées.
Productivité faible : Les animaux ne valorisent pas pleinement les prairies, réduisant le rendement, même avec une fertilisation importante.
Impact sur les sols : La pression constante sur certaines zones appauvrit la flore et favorise l’érosion.
Exemple Pratique
Un éleveur de 20 vaches laitières dans une région montagneuse utilise le pâturage libre sur une parcelle de 15 hectares. Bien que le système demande peu d'efforts, il constate que l’herbe de certaines zones est gaspillée, et il doit compléter avec du foin dès la mi-saison, augmentant son cout alimentaire.
Quels impacts ?
Flore : Pas ou peu de repos entre deux pâturages, les repousses sont accessibles au troupeau. La pratique est limitante d’un point de vue végétal.
Fertilité : Pression instantanée très basse, les bouses et pissats sont pour la plupart près des zones d’abreuvement (si présent dans la parcelle). Des zones de sous fertilisation et d’autre de sur fertilisation se créent.
Performance animale : Dépendante de la complémentation à l’auge.
Performance végétale : limitée par les différents surpâturages.
Main d’œuvre : La plus économique en travail.
Investissement de départ : la plus basse avec le gazon court.
2. Le Pâturage en Gazon Court
Principe
Cette méthode consiste à maintenir une hauteur d’herbe inférieure à 8 cm. En favorisant des repousses jeunes et tendres, elle garantit une alimentation de haute qualité, idéale pour les animaux à fort potentiel de production.
Avantages
Qualité optimale : Fournit une alimentation hautement digestible pour les animaux à fort potentiel, comme les vaches laitières.
Couverture dense : Réduit les zones dénudées, et limite la présence de matières mortes.
Inconvénients
Sols fragilisés : Les racines peu profondes rendent les plantes vulnérables à la sécheresse et à une fertilité moindre.
Besoins élevés en fertilisation : Pour maintenir la productivité, des apports réguliers en nutriments sont indispensables.
Complémentation nécessaire : La faible hauteur d’herbe limite l’ingestion totale des animaux, nécessitant souvent du fourrage ou des concentrés surtout pour les animaux à fort potentiel.
Exemple Pratique
Dans une ferme de 50 vaches laitières en plaine, le pâturage en gazon court est utilisé pour maximiser la qualité du lait. Cependant, durant l’été, la sécheresse force l’éleveur à intensifier les apports en concentrés, et en fourrages.

Quels impacts ?
Flore : Pas ou peu de repos entre deux pâturages, les repousses sont accessibles au troupeau. La pratique est limitante d’un point de vue végétal.
Fertilité : Pression instantanée très basse, les bouses et pissats sont pour la plupart près des zones d’abreuvement (si présent dans la parcelle). La compensation par de la fertilisation minérale est essentielle. Des zones de sous fertilisation et d’autre de sur fertilisation se créent.
Performance animale : importante du point de vue la densité de l’herbe, mais dépendante de la complémentation à l’auge pour assurer une ingestion correcte.
Performance végétale : limitée par les différents surpâturages, et dépendante de la fertilisation minérale.
Main d’œuvre : économie de temps de travail si on ne prend pas en compte la complémentation des vaches ni la gestion des effluents.
Investissement de départ : la plus basse avec le pâturage libre.
3. Le Pâturage Rationné au Fil Avant
Principe
Les animaux reçoivent une nouvelle part d’herbe chaque jour (ou chaque repas), en ajustant la surface accessible à l’aide d’un fil électrique mobile (fil avant). Cette méthode optimise la consommation et préserve la qualité des prairies.
Avantages
Consommation contrôlée : Permet d’éviter le gaspillage et d’ajuster les besoins en fonction de la taille du troupeau.
Repousses préservées : Préservation de la qualité de la prairie et réduction du gaspillage
Inconvénients
Charge de travail importante : Les fils doivent être déplacés quotidiennement, ce qui demande une organisation rigoureuse.
Gestion des points d’eau : Les déplacements fréquents nécessitent des solutions pour fournir de l’eau à chaque parcelle.
Détérioration des entrées : Les passages répétés des animaux dans les mêmes zones endommagent le sol, surtout sur des grandes parcelles.
Risque de décalage dans la gestion : Une mauvaise planification peut entraîner le dépassement du stade optimal de l’herbe.
Nécessité d’un fil arrière : pour éviter le surpâturage des repousses, et gérer la fertilité.
Exemple Pratique
Un éleveur de 30 brebis utilise un pâturage rationné pour éviter le gaspillage d’herbe. Il remarque une amélioration notable de la qualité de ses prairies, mais le travail supplémentaire exige une organisation rigoureuse.

Quels impacts ?
Flore : si utilisation d’un fil arrière, et une bonne gestion pour pas se faire dépasser par la pousse d’herbe alors elle peut donner des résultats quasi parfaits. Sans utilisation de fil arrière le surpâturage des repousses est inévitable et réduit fortement la capacité des plantes à relancer leur pousse. La pratique est limitante d’un point de vue végétal uniquement sans fil arrière.
Fertilité : Pression instantanée très importante, les bouses et pissats sont pour la plupart près des zones de consommation si la gestion de l’abreuvement va dans ce sens. Cette méthode, peut permettre une bonne « auto-fertilité » des prairies.
Performance animale : cette méthode n’est pas limitante pour les performances animales, seules les décisions de l’éleveur impactent l’ingestion et/ou la densité de la ration des animaux.
Performance végétale : Dans le cas d’une utilisation avec fil arrière les performances végétales sont importantes car il ne peut y avoir du surpâturage que par l’excès de consommation.
Main d’œuvre : C’est une méthode qui demande de la main d’œuvre, pour la gestion du fil, de l’abreuvement, et du déplacement du troupeau pour pouvoir mettre le fil arrière.
Investissement de départ : Les investissement d’infrastructure (chemin / clôture / abreuvement) sont ni haut ni bas, mais doivent être bien réfléchis.
4. Le Pâturage Tournant Simplifié
Principe
Cette méthode divise les prairies en plusieurs parcelles, et les animaux sont déplacés après 4 à 10 jours. Le temps de repos des prairies favorise une repousse optimale.
Avantages
Flexibilité : Idéal pour adapter le pâturage à la croissance des prairies et aux besoins saisonniers.
Réduction des parasites : Les rotations régulières limitent l’exposition continue des animaux.
Inconvénients
Investissement initial : Clôtures et points d’eau demandent un budget supplémentaire.
Densité variable : Sans fil avant, les animaux pâturent de manière inégale.
Exemple Pratique
Sur une exploitation de 20 hectares, un éleveur divise sa prairie en 8 parcelles. Bien qu’il ait dû investir dans des clôtures, il a constaté une amélioration de la qualité et de la quantité de l’herbe.

Quels impacts ?
Flore : Cette méthode à un bon impact sur les temps de repos, mais ne permet pas de limiter le surpâturage des repousses. Globalement la méthode ne permet pas de répondre à une bonne gestion du végétal.
Fertilité : Pression instantanée peu importante, les bouses et pissats sont pour la plupart près des zones d’abreuvement, des zones de sous et sur fertilisation se dessinent.
Performance animale : cette méthode induit des variations d’ingestion et densité de la ration des animaux, ce qui implique des performances en « dents de scie ».
Performance végétale : Elles sont globalement limitées par le surpâturage des repousses, et par une mauvaise répartition des déjections.
Main d’œuvre : C’est une méthode qui demande peu de main d’œuvre, hormis la création de l’infrastructure.
Investissement de départ : Les investissement d’infrastructure (chemin / clôture / abreuvement) sont essentiels pour limiter les besoins de main d’œuvre.
5. Le Pâturage Tournant Intensif
Principe
Le pâturage tournant intensif divise les prairies en de nombreux paddocks (30 à 60 paddocks). Les rotations sont planifiées en fonction de la croissance des plantes. Le temps de présence est réduit au plus court possible.
Avantages
Productivité maximale : Chaque rotation maintient l’herbe au stade optimal, augmentant à la fois la qualité et la quantité.
Réduction des surpâturages : Les plantes bénéficient d’un repos suffisant et ne sont pas trop consommées pour pouvoir se régénérer au mieux, les repousses ne sont jamais accessibles.
Flexibilité : Les conditions climatiques, les saisons et les besoins du troupeau sont intégrés dans la gestion.
Inconvénients
Complexité : Une gestion rigoureuse est indispensable pour garantir le succès.
Coûts initiaux : Nécessite des investissements en clôtures et infrastructure.
Exemple Pratique
Un éleveur pratiquant le pâturage tournant intensif sur 45 paddocks constate une augmentation de 30 % de la productivité de ses prairies. Les investissements en infrastructures ont été amortis en trois saisons.

Quels impacts ?
Flore : Cette méthode ne permet pas aux animaux de surpâturer, les repousses ne sont pas accessibles, le temps de repos permet aux plantes de repousser, et la surconsommation n’est possible que sur erreur de l’éleveur. La méthode permet à l’éleveur de pouvoir exploiter 100% du potentiel de sa prairie.
Fertilité : Pression instantanée très importante, les bouses et pissats sont répartis de façon homogène sur le paddock. « l’auto-fertilité » est possible.
Performance animale : La quantité et la qualité de l’herbe consommée est régulière, ce qui permet une bonne performance.
Performance végétale : Le végétal étant respecté, la fertilisation optimale, les performances végétales sont à leur maximum.
Main d’œuvre : C’est une méthode qui demande peu de main d’œuvre, hormis la création de l’infrastructure.
Investissement de départ : Les investissement d’infrastructure (chemin / clôture / abreuvement) sont importants et essentiels pour limiter les besoins de main d’œuvre.
Conclusion
Pour les éleveurs cherchant à optimiser leur exploitation et à maximiser la productivité de leurs prairies, le pâturage tournant intensif s’impose comme une solution incontournable. Grâce à ses nombreux avantages en termes de rentabilité, de durabilité et de flexibilité, cette méthode peut transformer votre approche de gestion des troupeaux.
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