Prolonger le 100 % herbe : comment caler ses rotations pour sécuriser l’autonomie fourragère
- Thomas MAUGER
- 18 sept.
- 7 min de lecture
Introduction
Septembre marque un tournant décisif dans les systèmes pâturants. Après les excès estivaux, l’automne relance généralement la pousse grâce au retour des pluies et à des températures encore douces. Pourtant, à mesure que les jours raccourcissent, la dynamique de croissance de l’herbe diminue progressivement. Pour maintenir un maximum de jours de pâturage et repousser l’ouverture des stocks, il devient indispensable de piloter finement les rotations.
L’enjeu est double :
Économique : chaque jour gagné en 100 % herbe = un jour de stock économisé.
Agronomique : une gestion fine des entrées et sorties prépare les prairies pour un redémarrage rapide au printemps.
Mais les erreurs sont fréquentes : rotation trop rapide, entrée dans les paddocks trop tôt, sortie trop ras, mauvaise anticipation des surfaces de réserve… Résultat : on ouvre les stocks trop tôt, les repousses d’automne sont sous-valorisées et l’autonomie recule.
Dans cet article, Opti’Pâture vous propose une méthode complète pour caler vos rotations, optimiser vos surfaces et sécuriser vos jours d’herbe :
Comprendre la dynamique de pousse en fin de saison.
Établir un feed budget précis pour planifier les besoins.
Ajuster les vitesses de rotation et les hauteurs d’entrée/sortie.
Mettre en place des stratégies simples pour prolonger la pâture.
1. Comprendre la dynamique de pousse en fin de saison
Pour bien caler ses rotations, il faut d’abord comprendre l’évolution de la pousse d’herbe à l’automne. Septembre et octobre sont des mois charnières : la météo reste favorable, mais la photopériode diminue, ce qui impacte directement la capacité des plantes à produire de la biomasse.
1.1. Les facteurs clés qui influencent la pousse
Photopériode : à partir de mi-septembre, la baisse de la durée du jour ralentit la photosynthèse → la production d’énergie chute.
Température : l’optimum de croissance pour les graminées est entre 10 et 20°C. En dessous de 6°C, la pousse devient quasi nulle.
Humidité du sol : le retour des pluies relance la croissance après l’été sec, mais un excès d’eau peut asphyxier les racines.
Fertilisation azotée : un apport bien calé début septembre peut prolonger la production de 200 à 400 kg MS/ha, à condition d’être valorisé avant les gels.
1.2. Évolution moyenne de la pousse d’herbe
Altitude | Début sept. | Fin sept. | Mi-oct. | Fin oct. |
Plaine (<600 m) | 40-55 kg MS/ha/j | 35-45 | 25-35 | 20-30 |
600-900 m | 45-55 | 25-35 | 30-35 | 10-20 |
>900 m | 55-65 | 35-45 | 20-30 | quasi nulle |
À retenir : Plus l’altitude augmente, plus la fenêtre de pousse d’automne est courte → le calage des rotations doit être plus anticipé.
1.3. Identifier le “point de bascule”
Le point de bascule correspond au moment où la pousse quotidienne devient inférieure à la consommation quotidienne du troupeau.
Avant ce point : on peut ralentir les rotations et constituer des réserves d’herbe.
Après ce point : chaque jour qui passe consomme plus d’herbe que ce que la prairie produit → il faut sécuriser les surfaces.
Exemple en plaine à 550 m :
Besoins du troupeau : 40 kg MS/ha/j.
Pousse fin septembre : 32 kg MS/ha/j → déficit = 8 kg/j.
Sans adaptation, les stocks seront sollicités plus tôt et la surface pâturable se réduit.
2. Calculer le “feed budget” d’automne
Une gestion efficace des rotations commence par un feed budget précis : il permet de mesurer les besoins du troupeau, la disponibilité d’herbe et les surfaces à sécuriser pour tenir le plus longtemps possible.
2.1. Définir les besoins du troupeau
La première étape est d’estimer la quantité totale de matière sèche (MS) nécessaire chaque jour :
Besoins journaliers (kg MS) = Nombre d’animaux × Besoins/UGB
Exemple :
70 vaches laitières × 18 kg MS/j = 1 260 kg MS/j.
Sur 20 ha pâturés → besoin moyen = 63 kg MS/ha/j.

2.2. Estimer la quantité d’herbe disponible
Deux méthodes possibles :
1. Mesure directe → bâton gradué ou herbomètre :
Hauteur × densité = kg MS/ha disponibles.
Ex : 12 cm de couvert → 2 800 kg MS/ha.
2. Méthode visuelle + expérience → comparaison avec paddocks témoins.
Plus rapide mais moins précise → à croiser avec les mesures réelles.
2.3. Identifier les déficits ou excédents
Une fois les besoins et disponibilités connus, il suffit de comparer :
Surface | Herbe dispo (kg MS/ha) | Total dispo (kg) | Besoins (kg/j) | Autonomie (jours) |
20 ha | 2 800 | 56 000 | 1 260 | ~44 jours |
Lecture :
Si la pousse continue → autonomie prolongée.
Si la pousse chute → il faut ralentir la rotation ou débrayer des paddocks pour stocker.
2.4. Introduire l’herbe “banque”
L’herbe banque = réserver certains paddocks stratégiques pour les pâturer plus tard, en cas de déficit.
Parcelles haut potentiel → sécuriser une qualité optimale pour les lots à forte exigence.
Réserves prévues dès début septembre pour un pâturage fin octobre.
Permet de gagner 7 à 15 jours de 100 % herbe sur certains systèmes.
3. Allonger la période 100 % herbe grâce au pilotage des rotations

L’automne est une période où chaque jour de pâturage gagné permet d’économiser du stock. Pour y parvenir, le pilotage des rotations est la clé. Il faut adapter la vitesse de rotation, gérer finement les hauteurs d’entrée et de sortie, et anticiper la mise en réserve de certaines surfaces.
3.1. Ajuster la vitesse de rotation
La vitesse de rotation détermine le temps de repos des paddocks et donc la capacité de l’herbe à repousser.
Quand la pousse dépasse la consommation → accélérer pour stocker de l’herbe sur pied.
Quand la consommation dépasse la pousse → ralentir la rotation pour éviter que les paddocks disponibles ne soient consommés trop tot.
3.2. Définir les bonnes hauteurs d’entrée et de sortie
Une bonne gestion des hauteurs permet de maximiser la photosynthèse et d’éviter d’épuiser la prairie avant l’hiver.
Astuce Opti’Pâture :
En septembre, viser une hauteur d’entrée plus haute qu’au printemps : l’épiaison n’arrivera plus et la qualité varie moins vite.
3.3. Débrayage stratégique : constituer des repousses sécurisées
Le débrayage consiste à sortir certains paddocks de la rotation pour constituer une réserve d’herbe à pâturer plus tard :
Choisir les parcelles à haut potentiel → sol profond, fertilisé, bon historique de repousse.
Débrayer début septembre pour viser une utilisation fin octobre → optimum de qualité + volume sécurisé.
Objectif = disposer de repousses jeunes et feuillues quand la majorité des paddocks ont perdu leur dynamique.
3.4. Prioriser les lots selon leurs besoins
Quand la ressource se tend, tous les animaux ne sont pas logés à la même enseigne :
Vaches laitières en production → priorité absolue sur les paddocks les plus riches.
Génisses → mettre sur des parcelles à plus faible valeur alimentaire.
Vaches taries → lots de finition sur les paddocks les plus grossiers, voire zones humides.
Cette priorisation permet de maximiser la valorisation énergétique de chaque kg de matière sèche produit.
4. Stratégies pour prolonger les jours de pâturage
Gérer la vitesse de rotation ne suffit pas : il faut aussi intégrer des leviers complémentaires pour prolonger la période 100 % herbe et repousser l’ouverture des stocks.
4.1. Positionner les parcelles de réserve
Réserver dès septembre 10 à 20 % de la surface pâturable pour constituer une banque d’herbe :
Prioriser les paddocks à fort potentiel → repousse rapide et homogène.
Réserver les plus beaux lots pour les vaches en lactation.
Planifier la consommation de ces surfaces pour fin octobre-début novembre.
4.2. Intégrer les repousses de fauche dans la rotation
Les paddocks débrayés en juillet-août pour la fauche peuvent devenir une ressource stratégique :
Après fauche début août → repousses disponibles fin septembre.
Ces parcelles sont souvent propres et riches en feuilles → idéales pour les lots prioritaires.
Bien caler leur réintégration dans la rotation pour éviter d’avoir des paddocks à surmaturité.
4.3. Utiliser la fertilisation azotée tardive
L’apport d’azote début septembre peut être rentable si les conditions sont favorables :
Gain moyen : 200 à 400 kg MS/ha produits en plus.
Intérêt maximal si les repousses sont valorisées dans les 6 à 8 semaines après l’apport.
À éviter après le 20 septembre en altitude → fenêtre trop courte pour valoriser la production.
5. Éviter les erreurs fréquentes pour prolonger le 100 % herbe
Même avec une bonne stratégie, certaines erreurs reviennent régulièrement dans les systèmes pâturants et réduisent fortement le nombre de jours 100 % herbe. Les identifier permet de les anticiper et de les corriger.
5.1. Ouvrir les stocks trop tôt
C’est l’erreur la plus fréquente : dès les premiers signes de baisse de pousse, certains éleveurs entament les stocks… trop vite. Conséquences :
Perte de 15 à 30 jours de pâturage potentiel.
Augmentation des coûts alimentaires.
Moins de stocks disponibles pour l’hiver, donc achat de fourrages supplémentaires.
Astuce Opti’Pâture :
Avant d’ouvrir les stocks, réévaluer le feed budget et identifier des solutions pour gagner quelques jours : réintégrer les repousses de fauche, débrayer un paddock, ou prioriser les lots.
5.2. Laisser filer l’herbe d’automne
À l’inverse, certains paddocks ne sont pas pâturés à temps et passent en surmaturité :
L’herbe devient fibreuse → moins appétente, moins digestible.
Les animaux la trient → gaspillage important.
La prairie perd en qualité et en densité pour l’année suivante.
Astuce Opti’Pâture :
Intégrer les paddocks à forte pousse en priorité dans la rotation pour valoriser leur potentiel au bon moment.
5.3. Ne pas hiérarchiser les lots
Tous les animaux n’ont pas les mêmes besoins :
Vaches en lactation → besoins énergétiques élevés → priorité sur les repousses jeunes et riches.
Génisses et vaches taries → lots “tampons” pour les paddocks plus grossiers.
L’absence de hiérarchisation entraîne une mauvaise valorisation de l’herbe disponible et des pertes économiques.
5.4. Négliger la constitution de réserves stratégiques
Réserver 10 à 20 % des surfaces dès début septembre permet de sécuriser 7 à 15 jours de pâturage supplémentaire fin octobre. Ne pas anticiper ces réserves conduit souvent à épuiser trop tôt la ressource disponible.
Conclusion : chaque jour 100 % herbe gagné, c’est de la marge préservée
En automne, la gestion des rotations devient un levier majeur pour maintenir l’autonomie alimentaire et réduire la dépendance aux stocks. Les clés de réussite tiennent en trois principes :
1. Observer et anticiper
Suivre la dynamique de pousse de l’herbe.
Identifier le point de bascule entre pousse et consommation.
Adapter la stratégie selon la météo et les besoins du troupeau.
2. Piloter les rotations avec précision
Gérer la vitesse de rotation selon la pousse réelle.
Définir les bonnes hauteurs d’entrée et sortie pour maximiser le tallage automnal.
Prioriser les paddocks et les lots pour optimiser la valorisation de chaque kg de MS.
3. Mettre en place des leviers pour gagner des jours
Constituer des parcelles de réserve dès septembre.
Intégrer les repousses de fauche dans la stratégie.
Sécuriser l’herbe banque pour repousser l’ouverture des stocks.





Commentaires